« On peut tomber malade du travail », comme on l’entend souvent et comme on l’observe parfois.

 

Des milliers de travailleurs souffrent de leur situation de travail. L’Académie Nationale de Médecine évalue à 100 000 le nombre de personnes touchées en France par le burn-out.

 

 

Dans notre société, le travail constitue une valeur centrale, tant sur le plan collectif et social que sur le plan individuel. Le travail est une valeur qui a du sens et qui donne du sens. Au-delà même des avantages que l’on peut retirer du travail effectué, il participe à la fois au processus de socialisation, de construction identitaire et de réalisation de soi. Cette centralité accordée au travail est d’autant plus importante et fermement ancrée, que les niveaux d’implication et de satisfaction au travail sont eux-mêmes élevés, le tout pouvant être exacerbé par des variables personnelles et situationnelles.

 

 

Le travail apportant du sens à tout un pan de la vie adulte, procurant l’accessibilité aux biens matériels et contribuant à une sorte de bien-être, on comprend alors l’importance des répercussions que peut avoir une remise en question de cet équilibre. Quand les ressources sont moins importantes que les contraintes, l’équilibre est rompu et le travail n’est alors plus source de satisfaction ; l’implication au travail ne va plus de soi ; la motivation peut s’étioler au fil du temps.

 

 

Le rapport entre le bien-être au travail et la santé s’établit dans un échange permanent liant les ajustements répétés entre personnes et organisation de travail et les conséquences et les coûts pour la personne qui infléchissent à leur tour le rapport au travail.

 

 

Alors qu’une prise de conscience quant à prendre soin des femmes et des hommes en milieu de travail a été prise entre les deux guerres mondiales – cette prise de conscience s’est notamment traduite par le développement d’une orientation visant à adapter le travail à l’homme – il se trouve que depuis les années 70, d’autres formes de souffrance au travail ont été identifiées : d’abord le burn-out, puis le bore-out et enfin le dernier né, le brown-out.

 

 

Quels points communs entre ces trois formes de souffrance au travail ?

 

Avant de les identifier, une brève définition de ces concepts s’impose.

 

  • Le burn-out (terme apparu dans les années 70) est un syndrome d’épuisement professionnel lié au surmenage, à la fois émotionnel, physique et psychique, ressenti face à des situations de travail « émotionnellement » exigeantes. Le burn-out est l’issue négative du stress lorsque toutes les stratégies d’adaptation ou d’ajustement ont échoué.

C’est une souffrance qui se renforce progressivement et continûment, aspirant la personne dans une spirale descendante dont il est difficile de s’extraire… La personne se sent écartelée.

 

Comment le burn-out se manifeste-t-il ? Le syndrome tridimensionnel de Christina Maslach est le plus couramment cité, décrivant trois phases successives d’épuisement émotionnel, de désinvestissement, de la relation, et de diminution du sentiment d’accomplissement personnel au travail.

 

  • Le bore-out (apparition du terme en France dans la première décennie 2000) est un syndrome d’épuisement professionnel par l’ennui qui peut se caractériser par l’absence de charge du travail, des tâches ennuyeuses (répétitives, peu rythmées), la surqualification (occuper une fonction ou un poste qui ne correspond pas à ses compétences, le manque de stimulation), l’isolement ou la mise au placard, un sentiment d’inutilité ou le manque de reconnaissance.

Le bore-out se traduit par une perte d’estime de soi, de la fatigue et de l’anxiété voire de la dépression, qui peut aller jusqu’à la mise en place d’attitudes addictives et même suicidaires.

 

  • Le brown-out, nouveau syndrome de souffrance au travail (terme apparu dans les années 2010) est un syndrome d’épuisement professionnel dû à une perte de sens dans son travail.

 

Le brown-out se traduit littéralement par « une baisse de courant » autrement dit une baisse de l’engagement lié à la perte du sens de son travail ou un travail sans intérêt, par un sentiment de perte de sens des objectifs, d’inutilité (sociale) et de son rôle dans l’entreprise.

 

Les personnes en brown-out travaillent sans réellement se préoccuper de la qualité de ce qu’elles produisent et démissionnent mentalement de leur poste.

 

 

Qu’est ce qui réunit ces 3 formes de souffrance au travail ?

 

  • Toutes les trois résultent d’un stress professionnel chronique (surcharge, sous-charge de travail, perte de sens).
  • Comme le stress, les syndromes d’épuisement professionnel se déclenchent lorsque l’individu perçoit un écart trop important entre son besoin ou ses attentes ou ses ressources et sa capacité à faire face à une situation (tâche à réaliser, objectif à atteindre, méthode employée…). L’individu ne parvient plus à répondre aux exigences et attentes qui lui sont posées par sa situation de travail.

 

 

Des situations de travail particulièrement difficiles à résoudre lorsque la prescription et la tâche à réaliser sont tellement distinctes qu’elles reposent sur des valeurs différentes, ce qui place les acteurs des réalisations dans des situations de doubles contraintes et d’injonctions paradoxales dont les effets déstructurants sont connus : sentiments d’insatisfaction et de reconnaissance insuffisante, un sentiment de perte de contrôle sur la situation de travail, une diminution du sentiment d’accomplissement personnel au travail, une perte de la motivation ou perte du sentiment de réalisation de soi ou construction de soi.

 

Les manifestations d’ordre émotionnel (anxiété, irritabilité), cognitif (trouble de la mémoire, de l’attention, de la concentration), comportemental (manque d’entrain, comportement agressif ou passif, repli sur soi) ou motivationnel (désengagement progressif, effritement des valeurs associées au travail, dévalorisation) sont identiques.

 

 

Les moyens de prévention pour éviter les syndromes d’épuisement professionnel

 

Si l’on considère la personne comme singularité humaine et non plus seulement comme une personne exécutant une activité, on ne peut ignorer ce qui fait sa spécificité et sa particularité. On est alors amené à prendre en compte et à évaluer ce qui relève de ses aptitudes, de sa personnalité, de ses intérêts professionnels.

 

Indépendamment des compétences à exercer un métier particulier ou à occuper une fonction donnée au sein d’une organisation de travail, on peut également se poser la question de savoir ce qui finalement attire une personne pour tel ou tel métier, pour telle ou telle activité. Dans une perspective d’orientation par exemple ou d’évolution professionnelle, on traite alors non seulement de la question des intérêts professionnels mais aussi de sa motivation au regard de ses valeurs, de son tempérament et de ses aptitudes à évoluer.

 

 

Cela nécessite d’une part que le travail soit en harmonie avec les aspirations de la personne et par conséquent que ce qui fait sa propre subjectivité puisse trouver un écho dans ce qu’elle accomplit et vit au travail ; et d’autre part, la possibilité de mettre en œuvre ses compétences et savoir-faire.

 

Plus particulièrement, pour éviter d’être victime de ces syndromes d’épuisement professionnel, il est important de bien connaître les valeurs qui nous animent, cela permet de prendre conscience du sens que l’on veut donner à son travail, et avoir un travail qui a du sens pour soi-même est motivant.

 

Une vieille histoire rapporte que trois maçons posant une pierre à terre donnent trois réponses différentes à un passant qui leur demande ce qu’ils font. Le premier affirme construire un mur, le deuxième construire une cathédrale, le troisième évoque une œuvre à la gloire du Tout-Puissant. Une illustration qui permet d’introduire un élément fondamental pour comprendre l’image qu’on entretient à propos de ce que l’on fait.

 

 

Même si cet article s’est axé sur les aspects négatifs du travail sur la santé, il convient cependant de rappeler que le travail n’est pas seulement une activité, un lieu et une période de vie dont la principale caractéristique serait de déstructurer et de détruire la santé mentale des travailleurs. Le travail a d’abord une fonction positive qui participe à la construction identitaire, à l’accomplissement de soi et a souvent, une fonction thérapeutique.

 

« Le travail, c’est la santé », certes, mais pas à n’importe quel prix.

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